Investir dans des actions… ou dans des cartes Pokémon ? Ce que les 30 ans de Pokémon nous apprennent sur la valeur d'un actif
Par HAPPY APPs · · 7 min de lecture
En 1996 naissait Pokémon. Trente ans plus tard, certaines cartes que des enfants échangeaient dans les cours de récréation valent quelques centaines, quelques milliers, parfois beaucoup plus.
Le cas extrême est spectaculaire : une carte Pikachu Illustrator, gradée PSA 10, a fait l'objet d'une transaction valorisée à 5,275 millions de dollars en 2021, record homologué par Guinness World Records.
En 2026, Pokémon célèbre justement les 30 ans de son jeu de cartes avec une extension anniversaire mondiale sortie le 16 septembre : plus de 150 cartes, 30 cartes Pikachu différentes et une « Collection Classique » qui fait revenir des cartes historiques.
De quoi poser une question qui aurait semblé absurde il y a trente ans : une carte Pokémon peut-elle être considérée comme un investissement au même titre qu'une action, une obligation ou de l'or ? La réponse permet surtout de comprendre ce qui fait — ou ne fait pas — la valeur d'un actif.
Une action possède une valeur économique sous-jacente
Lorsque vous achetez une action, vous achetez une fraction d'une entreprise. Cette entreprise possède des actifs, emploie des salariés, vend des produits ou des services et, idéalement, génère des bénéfices et des flux de trésorerie.
La valeur de l'action peut être excessive ou insuffisante à un instant donné. Mais il existe derrière elle une activité économique que l'on peut tenter d'évaluer. Une obligation repose sur une logique différente mais identifiable : un émetteur s'engage à rembourser une dette et généralement à verser des intérêts. Même l'immobilier peut produire un loyer.
Une carte Pokémon, elle, ne génère rien. Aucun dividende, aucun coupon, aucun loyer. Et pourtant elle peut prendre énormément de valeur. Pourquoi ?
La valeur peut aussi venir de la rareté et du désir
Une carte de collection tire essentiellement sa valeur de la rencontre entre plusieurs facteurs : rareté + état + authenticité + histoire + popularité + désir des collectionneurs.
C'est ici que les cartes Pokémon se rapprochent davantage de l'art, des montres de collection, des voitures anciennes ou des grands vins que des actions. Une carte rare n'a de valeur élevée que parce que suffisamment de personnes souhaitent la posséder alors que très peu d'exemplaires sont disponibles.
Et Pokémon bénéficie d'un phénomène puissant : la nostalgie générationnelle. L'enfant de 10 ans qui collectionnait des cartes en 1999 approche aujourd'hui de la quarantaine. Son pouvoir d'achat n'est plus celui d'un enfant, et l'objet acheté pour jouer peut devenir un moyen de retrouver une partie de son enfance.
Mais rare ne signifie pas forcément précieux
On peut fabriquer quelque chose de rare sans qu'il ait beaucoup de valeur. Pour qu'une rareté devienne économiquement intéressante, il faut aussi une demande durable. Un objet extrêmement rare dont personne ne veut peut ne valoir presque rien.
Cette distinction existe aussi sur les marchés financiers. Une petite entreprise cotée n'est pas intéressante simplement parce que peu d'actions circulent. Une cryptomonnaie n'acquiert pas mécaniquement de la valeur parce que son nombre de jetons est limité.
La rareté ne crée de valeur que lorsqu'elle rencontre le désir.
Le prix est aussi une histoire que nous racontons collectivement
Pourquoi acceptons-nous qu'une carte en carton puisse valoir 1 000 € ? Parce que d'autres personnes reconnaissent également cette valeur. Une partie de la valeur de nombreux actifs repose sur une convention collective.
L'or en est un exemple historique : son utilité industrielle n'explique pas à elle seule sa valorisation. Sa rareté, son histoire et la confiance que les sociétés lui accordent participent à son statut de réserve de valeur. Mais pour les objets de collection, le risque est considérable : si le désir disparaît, il n'existe pas nécessairement de valeur fondamentale pour soutenir le prix.
Liquidité : la grande différence oubliée
Une action très liquide peut généralement être vendue en quelques secondes sur un marché organisé. Pour une carte Pokémon rare, il faut trouver un acheteur, déterminer l'état de la carte, parfois la faire authentifier et grader, choisir une plateforme, supporter des commissions et attendre parfois des semaines.
Deux cartes apparemment identiques peuvent avoir des valeurs très différentes selon leur grade. Le prix affiché n'est donc pas nécessairement le prix auquel vous pourrez vendre : c'est la différence entre valorisation théorique et liquidité réelle.
Le rendement spectaculaire cache le biais du survivant
Calculer le rendement annuel d'une carte de 1999 valant aujourd'hui plusieurs milliers d'euros serait tentant, mais trompeur. Nous regardons les gagnants après avoir découvert qu'ils étaient gagnants. Combien d'autres cartes, jouets et bandes dessinées des années 1990 ne valent presque rien aujourd'hui ?
C'est exactement le biais du survivant que l'on rencontre en observant les performances extraordinaires de certaines actions technologiques, en oubliant toutes les entreprises disparues pendant la même période.
Les 30 ans créent même un paradoxe intéressant
Pour son anniversaire, Pokémon remet en circulation des références au passé, avec sa Collection Classique. Une réédition peut augmenter l'intérêt pour une carte historique tout en proposant aux collectionneurs une alternative beaucoup plus accessible. La nostalgie devient elle-même un produit.
Investir dans les objets de collection demande donc de comprendre non seulement la rareté actuelle, mais aussi l'évolution future de l'offre, de la communauté et de la marque.
Pokémon est-il donc un investissement ?
Une carte Pokémon peut constituer un actif de collection ayant une valeur marchande, mais son fonctionnement économique est très différent d'une action ou d'une obligation :
- Action : j'achète une activité économique et ses profits futurs potentiels.
- Obligation : je prête de l'argent contre une promesse de remboursement et de rémunération.
- Immobilier : j'achète un actif utilisable et potentiellement générateur de loyers.
- Or : j'achète principalement une réserve de valeur historiquement reconnue et relativement rare.
- Carte Pokémon : j'achète un objet dont la valeur dépend de sa rareté, de son état et du désir futur des collectionneurs.
Y consacrer une petite partie de son patrimoine n'est pas absurde si l'on connaît très bien cet univers. Mais il s'agit avant tout d'un actif alternatif, spéculatif, peu liquide et sans flux de revenus. Avec une qualité que peu d'ETF offriront jamais : on peut aussi simplement prendre plaisir à le collectionner.
Ce que Pikachu peut apprendre à un investisseur
Avant d'investir dans quoi que ce soit, il faut comprendre d'où vient la valeur que l'on achète. Des bénéfices ? Des revenus futurs ? Une utilité ? Une rareté ? Une convention collective ? Ou simplement l'espoir que quelqu'un acceptera demain de payer plus cher ?
Cette question vaut pour une action, une cryptomonnaie, une montre, une œuvre d'art… ou une carte Pikachu.
Le prix nous dit ce que quelqu'un est prêt à payer aujourd'hui. Comprendre pourquoi il le paie nous en apprend beaucoup plus sur l'investissement.
Contenu pédagogique, pas un conseil en investissement. Les performances passées ne présagent pas des performances futures.